Jean LARONZE (1852-1937) peintre de la Bourgogne
Jean LARONZE (1852-1937) peintre de la Bourgogne

Cours d'eau et paysages de Bourgogne

Jean Laronze n'a jamais oublié sa Bourgogne natale. Disposant de deux ateliers, il habitait d'ailleurs à la fois à Neuilly-sur-Seine et à Génelard. Son village charollais et ses campagnes environnantes lui ont fourni le meilleur de son inspiration, que ce soit pour ses tableaux de cours d'eau ou pour ceux de paysage.

 

L'artiste avait voué aux rivières et aux étangs bourguignons un véritable culte. Il en devint le chantre magnifiant l'Arroux, la Bourbince ou la Loire. Son oeuvre permet de descendre chacun de ces cours d'eau, avec à chaque fois plusieurs tableaux représentant le fleuve en ses différents méandres. On suit l'Arroux depuis Toulon jusqu'à Digouin en passant par Gueugnon, Rigny et La Motte-Saint-Jean. De même pour la Bourbince depuis la Valtreize jusqu'à Romay via Génelard. Enfin son oeuvre offre une unique descente de la Loire en plusieurs étapes successives : Saint-Denis, Saint-Agnan, Gilly, Diou, Roudon, sans oublier l'étape du Perron.

 

C'est ainsi à une des parties à la fois la moins connue mais aussi la plus poétique de la Loire que s'est attaché Jean Laronze. Mme de Sévigné aimait à se reposer dans ce val charollais-bourbonnais du grand fleuve; Puvis de Chavannes qui l'avait tant admiré dans sa jeunesse s'en souvint également dans certaines de ses grandioses décorations. A cette hauteur, la Loire n'a pas la magnificence du fleuve tourangeau. Elle n'est pas bordée et ennoblie par les châteaux de la Renaissance. Elle joue encore de sa modestie finissante et envoûte d'un grâce mystérieuse. Elle se plaît encore à flâner avec amour au milieu des galets et des sables dorés.

 

Les toiles nous montrent ces fleuves en toute saison et à toute heure du jour. Tantôt la Loire coule à flots, gonflée par les pluies de l'automne, tantôt elle est réduite par la sécheresse et l'implacable soleil qui s'abattent l'été, plus souvent qu'à leur tour, sur le Charollais et le Bourbonnais. La Loire est parfois saisie aux premières heures du jour, dans son état de langueur qui la rend si belle, voilée de brumes légères et d'une gaze délicate et fine qui en atténue les contours.

 

Jean Laronze goûte tout particulièrement le grand fleuve dans l'aurore du jour qui lui donne une lueur brillante et rosée. Cette heure matinale adoucit les valeurs et confère aux sites plus de profondeur, de mystère et finalement de poésie. Il peint également le fleuve dans l'émouvante mélancolie de ses soirs, qui répond au discret sourire de ses matins. Finalement c'est la pleine journée qui n'enivre pas l'artiste. L'attention est alors attirée par les violences et les brutalités des midis ensoleillés, auxquelles le fleuve doit céder la première place. Or c'est bien la poésie de celui-ci qui passionne Laronze, afin de faire place à la mélancolie et au rêve.

 

Il en va de même dans toutes les représentations des étangs et mares de Bourgogne qu'a réalisées l'artiste : étangs du Montet, de Champcerot, du parc de Drée et de Trivy, mare des Vernes, Cro de Laguerne qui lui inspira même le nom qu'il utilisait comme critique d'art, Jean de Laguerne. Surtout c'est la même recherche de la nature qui le guide dans tous ses paysages bourguignons.

 

A chaque fois, Laronze ne conçoit pas le paysage d'une façon anecdotique. Ce qu'il veut exprimer c'est la grandeur de la nature dans tous ses éléments. Pour lui être fidèle, il met à son service une palette extrêmement variée, avec une touche à la fois large et légère, toujours véridique. Il évite tout ce qui sent l'arrangement. Il ne s'agit pas pour lui de seulement donner de la nature une image exacte, comme le ferait une photographie, mais de faire passer dans l'âme d'autrui l'expression qu'il en a ressentie, et le plus souvent il se dégage ainsi de ses paysages une impression profonde de mélancolie et de calme. Le spectateur retrouve l'âme du peintre, éprise de poésie et de mystère.

 

Artiste attendri devant son sujet, Jean Laronze l'est perpétuellement face à sa campagne charollaise. Ses toiles expriment, outre le respect de cette puissante nature, l'attachement à un pays qu'il aime passionnément. "Milly ou la Terre natale : Lamartine adolescent" reprend tous ces amours du peintre. Le jeune Alphonse de Lamartine y est représenté assis sur un tertre, délaissant la lecture d'un volume de vers qu'il tient à la main pour contempler rêveusement le paysage du mâconnais : en ligne d'horizon, le Montsard, Vergisson et Solutré, et à leurs pieds Milly et ses villages voisins. "Le Tailleur de pierres de Saint-Point" (Chapitre I, paragraphe II) a inspiré ici directement le peintre. Plein de romantisme, ce tableau exprime avec ferveur ce qui avait marqué la jeunesse du grand poète : goûts de la solitude, de la nature, de la terre natale, d'idéalisme... Jean Laronze qui participait tous les ans au pèlerinage lamartinien de Milly avouait avoir voulu mettre là "toute son âme d'artiste" pour rendre "ces jours parfumés d'idéal, d'art et de poésie, de poésie lamartinienne, dont mon âme garde toujours les plus suaves caresses, les plus pures et les plus saintes émotions".

 

 

"Cours d'eau et paysages de Bourgogne" - Principales toiles :

. "La Bourbince à Génelard" (obtint une médaille de troisième classe au Salon de 1898)

. "Le Calme" (obtint une médaille de seconde classe au Salon de 1899 qui classa Jean Laronze hors concours pour le reste de sa carrière, obtint une médaille de bronze à l'Exposition universelle de 1900, appartient au musée de Mâcon)

. "La Loire à Saint-Agnan" (Salon de 1904, appartient au musée d'Autun)

. "L'Arroux à Toulon" (Salon de 1923)

. "Milly ou la Terre natale : Lamartine adolescent" (Salon de 1927)

."La Loire à Saint-Denis" (Salon de 1932, appartient au musée de Charolles)

 

Marines et gens de la côte

En 1904, en raison de la grave maladie de son fils, Jean Laronze et sa femme allèrent habiter Berck-sur-mer. Ces parents furent alors gagnés par un grand désarroi qui ne cessa de s'accroître, leur fils devenant progressivement sourd au fil des ans. Cette épreuve fut pourtant l'occasion pour l'artiste de renouveler profondément son inspiration. Celle-ci ne fut plus guidée par les étangs charollais et les fleuves bourguignons mais par la mer du Nord et ses immenses plages.

 

La mer à marée basse, les poches d'eau reflétant le ciel, les couleurs menaçantes des orages du Pas de Calais, le force du vent dans les voiles remplacèrent, pour un temps, les eaux reposées de l'Arroux et de la Bourbince ou les mares glauques proches de Génelard. A la barque de "l'Angélus" succéda les bateaux de pêche échoués, tendant leurs mâts immobiles. Aux bergers cédèrent la place les pêcheurs de crevettes allant au-devant de la marée ou rentrant, leurs larges filets sur l'épaule. Souvent attendris devant le calme et la poésie des paysages bourguignons, le spectateur est, devant ces marines, émerveillé par l'amplitude et la magnificence de la réunion du ciel et de la mer.

 

Ces marines sont, parmi les toiles de Jean Laronze, les premières qui offrent autant de profondeur. Jusqu'alors, parmi les paysages bourguignons, rares sont ceux dans lesquels l'artiste a ouvert l'horizon. Ce sont alors plus les divers premiers plans et leur intégration dans la composition qui souciaient le peintre. Ici, au bord de la mer, rien de tel. La mer envahit la toile, avec toute sa profondeur. Jean Laronze eut en réalité la révélation des horizons. Comme bien d'autres avant ou après lui, il fut à son tour saisit par la beauté de l'océan et chercha à rendre sa merveilleuse et particulière poésie.

 

On retrouvera cette évolution dans toutes les toiles bourguignonnes postérieures : bien sur "Milly ou la terre natale : Lamartine adolescent" et sa grandiose profondeur, mais aussi de nombreuses toiles représentant des bergères et même, enfin, des bords de Loire, comme "Matinée sur la Loire" ou "La Loire en Automne", alors que ces toiles étaient avant la guerre beaucoup moins ouvertes.

 

Les toiles de bord de mer sont également certaines de celles de Jean Laronze qui font la part la plus belle à un ciel toujours différent. Parfois, comme dans "Epaves", il a su rendre avec une dramatique intensité le spectacle tragique d'une menace d'orage sur une mer frémissante. De lourds reflets courent alors sur l'eau, annonçant de prochaines convulsions. Le ciel est zébré de feu et de nuages sanglants. Dans d'autres cas, le ciel s'impose à la mer, encore plus vaste, calme et impressionnant. Ainsi, dans "Bateau de Berck", la splendeur des tons du ciel donne une émouvante envergure à l'ensemble de l'oeuvre. Dans tous les cas, les toiles sont traversées par les rayonnements lumineux de la Manche qui fascinèrent l'artiste.

 

Ce magique mariage de l'eau toujours animée et du ciel toujours changeant élargit considérablement la palette de Jean Laronze. Sa touche en est modifiée. En 1905, au Salon, les critiques accueillirent avec étonnement deux scènes de Berck. Celle-ci furent saluées pour leur nouveauté, la limpidité de leur atmosphère, leur fluidité aérienne, l'or des sables... Dans cette admirable traduction du ciel marin, de l'onde limpide et de la grève mouillée, la touche apparemment très libre est en fait très surveillée dans sa sûreté même.

 

Jean Laronze, d'une nature bonne et généreuse, peignait avec amour les paysans bourguignons. On retrouve cette même sympathie, dans ces toiles de Berck ou des Sables d'Olonnes, pour les gens de la côte. Il porte la même amitié foncière et visible aux pêcheurs de crevettes. Le travail sur la grève est peint avec la même considération que le labeur des champs. Dans les deux cas, l'artiste fait ressortir dureté et noblesse de la tâche. C'est la justesse rigoureuse, l'attitude vraie dans le mouvement et l'action qui intéressent, là comme ailleurs, Laronze.

 

Le hasard de la vie rejoignant une des dernières volontés de Jean Laronze, sa dernière toile exposée au Salon des artistes français, après sa mort, fut celle de "La Baie des Callots - Biarritz" peinte dans les derniers mois de sa vie. Comme pour nous rappeler la place des "marines et gens de la côte" dans son oeuvre...

 

 

 

"Marines et Gens de la côte" - Principales toiles :

 

. "Les Mouettes" (Salon de 1906, appartient au musée de Charolles)

. "Barque de pêche" (Salon de 1908, appartient au musée de Mâcon)

. "L'arrivée des pêcheurs de crevettes"

. "Epaves" (Salon de 1909, appartient au musée de Tananarive)

. "Sur la plage de Berck" (Salon de 1920)

. "Bateau de Berck - Soleil couchant" (Salon de 1929)

. "La Baie des Callots - Biarritz" (Salon de 1937)

 

 

Paysans et paysannes du Charolais

Si le père de Jean Laronze avait, avec son frère, développé une petite entreprise de transport sur eau, la famille Laronze était une famille de cultivateurs charollais. L’artiste resta fidèle, toute sa vie, et malgré sa réussite matérielle, à ces racines. Son goût des traditions, son amour des simples et de la terre bourguignonne où ils vivent ne se démentirent jamais. Lui-même le reconnaissait sans peine. Ainsi en 1903, dans sa préface de la nouvelle édition des " Chroniques du Charollais " de Joseph-Louis Havard, exaltait-il son " affection " et même sa " vénération ", " vive " et " filiale " pour ce " cher coin de terre où mes aïeux, après l’avoir arrosé de leurs sueurs, dorment leur dernier sommeil "

 

Dans ces toiles, le peintre du terroir veut d’abord rendre l’humilité, la dignité et le bonheur de la vie des champs. Fils tendrement attaché à la terre natale, Laronze, par tempérament et goûts de la simplicité et du dépouillement, retrouve Millet et ses scènes rurales. Mais, toujours pas sympathie, il idéalise ses sujets. Il nous donne des images dont la sérénité reflète son respect des êtres qu’il peint. L’être humain n’est d'ailleurs jamais le prétexte de ces toiles, il en est le véritable objet qui s’insère dans la nature bourguignonne. Celle-ci est le lieu du bonheur, comme dans " Le retour des champs " : La bergère appuie sa tête sur celle du laboureur ; heureusement le chien surveille les moutons car la jeune femme nimbée dans la lune ne s’en préoccupe plus guère alors que l’instant est propice aux aveux. Comme toujours chez l’artiste, le réel n’est peint qu’enveloppé de poésie.

 

Certaines des premières toiles de Laronze sont déjà consacrées à des bergers et des bergères. Dès 1887, l’artiste étudie les paysans du charollais  " Crépuscule " (1888), " Berger, joueur de vielle " (1889) et " Le Soir " (1893) constituent ses trois grandes œuvres sur ce thème peintes avant le tournant du siècle. Cependant, ce que la critique a qualifié de " cycle des bergères " commence seulement en 1925, avec alors plusieurs toiles majeures en quelques années. Ces bergères, au travail à la fois passif et prenant, expriment toute la mélancolie lamartinienne chère à Laronze. Celle-ci est renforcée par le décor des vallées lumineuses et embuées dans lequel elles prennent place. Ces toiles séduisent à la fois par la jeunesse des leurs tendres personnages et par la fraîcheur de leur inspiration et de leurs coloris. Elles montrent bien que, si le peintre a atteint sa pleine maturité, l’homme, après tous les malheurs personnels qu’il a connu, goûte également, enfin, à l’équilibre familial avec notamment le nouveau foyer de sa seule fille, Anne-Marie. Pendant la dernière partie de sa vie, ces tableaux valurent à l’artiste certains de ses plus grands succès publics mais aussi ses plus belles ventes notamment à l’étranger.

 

Si Laronze a d’abord peint les paysans du charollais tout au labeur des champs, il s’est également attaché à les montrer dans la diversité de leurs tâches et de leurs occupations. C’est, bien sûr, le " Berger, jouant de la vielle " pour deux femmes qui délaissent quelque peu la garde d’un troupeau au demeurant fort sage. C’est aussi " Les Pêcheurs charollais " dans le cadre majestueux du confluent de l’Arroux et de la Loire. La jeune femme se dresse sur la barque, glorieuse de se sentir forte et aimée, appuyée à son bâton, avec un bel espoir dans tout le jaillissement du corps. L’homme range les nasses pendant que la petite-fille reste sage, au pied de sa mère et qu’au loin des laveuses sont penchées au bord de l’eau. Dans le délicat effet de contre-jour, les trois personnages s’auréolent d’une lumière dorée qui ajoute encore au charme mystérieux de l’heure.

 

L’exactitude et la vérité hantent Laronze dans ses toiles de terroir comme dans toute son œuvre. Quand il dessine une paysanne franchissant un ruisseau, celle-ci ne relève pas sa robe avec la préciosité de la ville mais, à pleine main, avec le geste ferme et vigoureux de la vie des champs. L’authenticité de ces tableaux ajoute encore davantage, aujourd’hui, au charme qui s’en dégage. En intime correspondance avec l’esprit et le tempérament de l’artiste, ces toiles rappellent à nos cœurs ce que la campagne recèle d’intimité touchante et de douceur mélancolique.

 

 

" Paysans et paysannes du charollais " - Principales toiles :

 

" Crépuscule " (Salon de 1888)
" Berger, joueur de vielle " (Salon de 1889, appartient au musée des ATP à Paris)
" Le Soir " (Salon de 1893, appartient au musée de Mâcon)
" Les pêcheurs charollais " (Salon de 1901, appartient au musée de Dijon)
" Le retour des champs " (Salon de 1921)
" Gardeuse de moutons " (Salon de 1926, appartient au musée de Dijon)
" La Marguerite " (Salon de 1930, appartient au musée de Charolles)

Le chagrin et la prière

Sous l'influence de son maître Lamartine, comme de l'ensemble du mouvement romantique, Jean Laronze chercha, dans ses premières oeuvres, à exprimer sa mélancolie. Les cimetières lui semblèrent alors, mieux que tout autre paysage, accordés à la tristesse qu'il voulait rendre. Plusieurs de ses oeuvres initiales prennent ainsi place dans le cimetière de son village natale de Génelard : celui-ci est le cadre de quatre toiles peintes en 1885 puis, surtout, de "L'Orpheline" qui permit à l'artiste d'obtenir en 1887 sa première récompense au salon des artistes français. Agenouillée au milieu des tombes gagnées par la végétation, une jeune fille, le visage enfoui dans ses mains, cache ses pleurs. Cette toile de jeunesse est empreinte d'une grande émotion et traduit le goût de cendres de la vie qu'ont chanté les poètes : "En deux moitiés notre âme se partage / Et la meilleure appartient au tombeau" (Les Harmonies poétiques et religieuses).

 

Sauf pendant le premier conflit mondial, avec notamment un magnifique dessin "La veuve et sa fille sur la tombe du soldat", Jean Laronze cessa vite d'être le peintre des cimetières. Mais toute son existence fut par la suite marquée par les deuils douloureux qui le frappèrent : ceux, en 1894, de ces deux petites filles, Hélène et Marcelle, puis en 1918 de son fils, Jean, malade et sourd depuis plusieurs années. Les oeuvres de l'artiste ne pouvaient manquer de traduire ces chagrins, la mélancolie et la méditation qui en découlaient, et la place de la religion dans sa vie personnelle.

 

Plusieurs des plus belles toiles du peintre représentent des paysans charollais en prière. Dans tous les cas, la foi des paysans de Jean Laronze est simple et spontanée, comme la sienne. Les humbles gardent une dignité et expriment une spiritualité très authentiques. Chacun sent le réel attachement et la profonde sympathie que leur porte l'auteur. Dans ces tableaux de prière, la lumière joue un rôle majeur vêtant les paysans de son rayonnement transfigurateur, alors que la nature est représentée de manière simple et dépouillée afin de mettre en valeur le seul recueillement des personnages.

 

La plus célèbre de ces toiles de prière est "L'Angélus" exposée au Salon de 1903 où elle connut un si vif succès que l'Etat en fit immédiatement l'acquisition pour l'exposer au musée du jardin du Luxembourg. Au milieu de la Bourbince se tiennent debout, dans leur petite barque, un couple et leur jeune fille. La femme, fatiguée de sa journée, les épaules lasses et lourdes, s'incline les mains jointes. L'homme, recueilli, croise les bras. La petite fille, d'un joli geste un peu étroit et menu, joint ses mains avec application. Les berges hautes font sur l'eau de la Bourbince de larges ombres et la plaine se voile d'indécisions crépusculaires. Les personnages reçoivent les derniers reflets du soleil; les cheveux de la petite fille lui font une couronne de feu clair et, tout autour de la barque, la lumière du ciel rayonne comme sur un miroir sans rides. Reprenant le thème de Millet, Laronze a su ainsi le transposer dans un paysage où l'eau apporte une autre dimension et où les personnages, vus à contre jour, sont en réalité plus proche de la spiritualité de Puvis de Chavannes que de celle de Millet.

 

Ces toiles de prière révèlent ce que la nature profonde du peintre bourguignon, derrière son ironie malicieuse et sa verve joyeuse, recouvrait de profondément méditatif. Confrères, critiques et amis ont toujours insisté sur cette place particulière dans l'inspiration de ses oeuvres. Comme l'a écrit Georges Lecomte de l'Académie français, Jean Laronze avait "une âme attentive au secret des êtres et des choses, préoccupée de l'au-delà, tournée vers l'infini"; et l'écrivain de conclure à propos de l'artiste : "C'est un poète spiritualiste, doué d'un sentiment religieux très délicat".

 

 

 

 

"Le Chagrin et la Prière" - Principales toiles :

 

. "L'herbe cache et la pluie efface" (1885)

. "L'Orpheline - Cimetière de Génelard" (Mention honorable au Salon de 1887)

. "Crépuscule" (Salon de 1888)

. "La Prière du Soir" (Salon de 1902)

. "L'Angélus" (Salon de 1903, appartient au musée de Mâcon)

. "En Prière" (Fusain exposé au Salon de 1930)

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Association des Amis de Jean Laronze