Jean LARONZE (1852-1937) peintre de la Bourgogne
Jean LARONZE (1852-1937) peintre de la Bourgogne

SA VIE

I- UNE FAMILLE BOURGUIGNONNE

Maison natale à Génelard (Saône et Loire)

Jean Laronze est né le 25 novembre 1852 à Génelard (Saône et Loire), dans une vieille maison située en face de la dix-septième écluse, sur la rive droite du canal du Centre.

Aussi loin que remonte la mémoire familiale, les ancêtres de Jean Laronze étaient bourguignons.

Son père, Antoine Laronze, né près de Mâcon à Montmelard en 1824, était le dernier né d'une famille de dix enfants. Il était venu s'installer à Génelard en 1840 pour travailler avec son frère, Jean. Tous deux créèrent une petite entreprise de transport sur le canal, bénéficiant du développement des usines de Gueugnon et du Verdrat.

Sa mère, Jeanne Ferret, était née en 1831 à Bousserin, près de Toulon-sur-Arroux.

Son plus illustre aïeul était Louis Garnier, né à Perrecy en 1757. Celui-ci fut maire du village de Saint-Romain-sous-Versigny, commune à quelques kilomètres au nord de Génelard, pendant plus de 70 ans. Sous la menace d'être guillotiné, il eut à faire démonter le clocher du village sous la Révolution avant de le faire reconstruire en l'état quelques années plus tard.

Napoléon III le fit chevalier dans l'ordre de la légion d'honneur, en récompense de sa "longue et honorable carrière administrative". Il mourut centenaire en 1858, alors plus ancien maire de France.

 

 

III- LE TEMPS DES BONHEURS : MARIAGE ET DEBUTS EN PEINTURE

Jean Laronze en 1882 (30 ans) Portrait par Mlle Dardoize. © Association des amis de Jean Laronze

En 1877, Jean Laronze assista en la cathédrale d'Autun à l'ordination de l'abbé Ferret, son oncle. Ce denier eut par la suite un riche apostolat. Vicaire pendant quinze ans à Saint-Sulpice, il prépara et reçut la conversion de J.K. Huysmans. Mais l'une des ses plus grandes joies fut d'être la cause involontaire du mariage de Jean Laronze. Celui-ci rencontra en effet Eugénie Mignot lors de l'ordination de l'abbé Ferret, dont l'un des frères venait d'acheter la maison de commerce de la famille Mignot à Paris. Les deux jeunes gens se plurent immédiatement et après un séjour du prétendant à Paris, dans sa future belle-famille, puis quelques temps d'attente, ils se marièrent en 1880.

 

M et Mme Mignot, qui étaient fortunés, gardèrent près d'eux le jeune couple dans leur maison de Neuilly-sur-Seine. Le beau-père fit alors l'impossible pour trouver une confortable situation à son gendre. Celui-ci commit plusieurs essais infructueux dans le commerce et l'industrie avant de demander à son beau-père de l'aider à réaliser le rêve de sa vie : se consacrer à la peinture. Le projet fut accepté avec joie en 1882.

 

Un bonheur n'arrivant jamais seul, les jeunes époux eurent deux enfants en deux ans : Hélène, née en 1881, et Marcelle, née en 1883.

 

Heureux mari, heureux père, Jean Laronze eut enfin la joie, à l'age de trente ans, de se consacrer entièrement à la peinture. Il suivit des cours dans les ateliers de Dardoize, Bouguereau et Robert-Fleury. Plusieurs de ses compagnons de cours n'avaient alors que quinze ans, comme Paul Chabas. Animés d'une volonté inébranlable, d'un grand désir d'apprendre et d'un bel appétit de travail, le jeune néophyte commença rapidement à assimiler le difficile métier de peintre. Les premiers succès vinrent sans tarder.

 

Dès 1883, Jean Laronze présenta au Salon de la société des artistes français la première des quatre-vingt dix toiles qu'il y exposa en cinquante ans de carrière. A l'âge de trente et un ans, "Le Pré du Moulin" lui valut de premiers encouragements. Les années qui suivirent le virent achever son apprentissage. Il exposa tous les ans au salon des artistes français et notamment, en 1884, "La Sente de Valtreize" et, en 1886, "La Mare des Vernes".

 

1887 marqua une nouvelle étape dans la jeune carrière de Jean Laronze. Ce fut en effet l'année de sa première récompense. Son tableau "L'Orpheline" obtint une mention honorable, signe de la reconnaissance naissante de ses pères et marque d'encouragement pour le futur. Elle portait déjà la marque de son attachement à sa commune natale, Génelard, dans le cimetière de laquelle une jeune fille priait.

 

 

V- L'EQUILIBRE ET L'ACCOMPLISSEMENT

Jean Laronze, bronze doré, par Gasq

En 1920, Jean Laronze a soixante-huit ans. Il se remet à la peinture. Plus que jamais il est un peintre de l'extérieur et de l'authenticité. Ses premières toiles furent alors de nouveau consacrées aux cours d'eau du Charollais et du Bourbonnais. Il exposa notamment au salon des Artistes français en 1920 "L'Etang de Champcerot", qui appartient aujourd'hui à la ville de Paris, en 1922 "L'Arroux à Toulon", en 1924 "La Loire au Perron".

 

C'est toutefois avec une autre inspiration que l'artiste va alors connaître ce que furent, avec "L'Angélus" et "Milly ou la terre natale : Lamartine adolescent", ses plus grands succès. Laronze entama un nouveau cycle, celui des bergères. Il n'avait guère traité ce sujet jusqu'en 1925 même si "La Solaine" en 1888 et "Le retour de champs" en 1921 peuvent paraître l'annoncer.

 

Pendant dix ans, le peintre va enchaîner des variations sur ce thème pastoral. La fraîcheur de son inspiration et de ses colories montre qu'il était alors en passe de trouver une certaine paix intérieure. Certes les malheurs passés ne pouvaient disparaître et leurs souvenirs étaient toujours présents. Mais Anne-Marie, son dernier enfant né en 1904, épousa le docteur Félicien Hidden en 192?. Ils eurent un premier fils, Jean, en 1927, puis un second, Louis, en 1929, puis une fille, Marie-Anne, en 1937. Cette famille fit la joie du désormais grand-père qui goûta à ces bonheurs nouveaux en même temps qu'il rencontrait un succès renouvelé.

 

En quelques années, Jean Laronze présenta au Salon des artistes français plusieurs toiles de bergère qui rencontrèrent un vif succès. Les marchands se pressèrent dans son atelier du 36 rue Perronet à Neuilly-sur-Seine. Ces toiles entrèrent immédiatement dans des musées ou furent exportées vers les Etats-Unis, le Brésil, le Canada, l'Angleterre et même Java et Madagascar. Ce furent aux Salons de 1925 "La Bergère", de 1926 "La Gardeuse de moutons", de 1927 "La Source", de 1928 "Dans la lande", de 1929 "Le Miroir".

 

En 1927, Jean Laronze trouva encore la force de réaliser l'une de ses plus belles toiles, et sans aucun doute l'une de celles qui lui tint le plus à coeur. Lamartinien de toujours, dès le lycée de Mâcon, il voulait depuis longtemps rendre un fervent hommage au grand poète dont il avait suivi la dépouille en 1869, à l'âge de quinze ans. Ce fut l'objet de son tableau exposé au Salon de 1927 "Milly ou la terre natale : Lamartine adolescent", réalisé pour le centenaire du romantisme. L'oeuvre, qui constitue son testament d'artiste, reçut l'accueil qu'il espérait. Tous les lamartiniens vantèrent cette pierre nouvelle à leur glorification du poète. Le pèlerinage lamartinien de 1929, auquel Jean Laronze ne put participer en raison de son état de santé, fut l'occasion de vanter son éloge au natif de Milly. Les journaux se firent l'écho du tableau, ainsi "l'Illustration" vantant ce "chef d'oeuvre d'exactitude et d'émotion". Enfin le peintre reçut des félicitations plus officielles parmi lesquelles celles du Président Louis Barthou ou d'André François-Poncet, Secrétaire d'Etat aux beaux-arts.

 

Au soir de sa vie, le bonheur de Jean Laronze fut complet lorsque la ville de Charolles décida d'ouvrir un "Musée Jean Laronze". Certes l'artiste comptait déjà des oeuvres dans une dizaine de musées français et étrangers. Mais c'était là un nouveau musée, au coeur de sa campagne charollaise, proche de son village natale de Génelard. Ouvert en 1933, le musée fut doté d'une quarantaine de ses oeuvres dont neuf toiles exposées depuis 1888 au salon des artistes français, douze autres toiles et vingt et un dessins et études, essentiellement des fusains. L'artiste pouvait s'en aller en paix, en 1937, après une vie ponctuée de douleurs personnelles mais également marquée par les bonheurs familiaux et picturaux.

II- UNE EDUCATION RIGOUREUSE

Jean Laronze en 1861 (9 ans). © Association des amis de Jean Laronze

Jean Laronze fut l'unique enfant d'Antoine et Jeanne Laronze. Son père, travailleur acharné, développa l'entreprise de transport familial notamment afin d'assurer une rigoureuse éducation à son fils pour lequel il souhaitait un avenir aisé.

 

En 1858, Jean Laronze entra à l'école communale de Génelard, tenue par les frères des écoles chrétiennes. Une image en couleurs représentant Saint-Louis, offerte par ses maîtres, un premier voyage au musée d'Autun à l'occasion du mariage de sa tante, et le cadeau d'une boîte d'aquarelle pour les fêtes de Noël de 1859 décidèrent de sa future vocation. Celle-ci dut cependant encore attendre une vingtaine d'années avant de pouvoir se réaliser.

 

Jeune homme, il entra au lycée Lamartine à Mâcon. Il y apprit le grand poète mâconnais sans pour autant briller parmi les premiers de classe. S'il eut finalement le prix d'honneur du lycée, ce ne fut d'ailleurs qu'en 1872, à l'âge de vingt ans.

 

Dans l'intervalle il se fit davantage remarquer avec d'autres élèves par la fondation du "Binocle", journal satirique et assez irrévérencieux à l'égard des enseignants. Il ne dut alors son pardon qu'à la qualité des caricatures des professeur qu'il réalisait. Dans cet exercice de dérision comme dans les cours de dessin, il se révéla alors aussi brillant que moyennement doué dans les disciplines fondamentales.

 

Les années 1873 à 1875 furent les années militaires de la vie de Jean Laronze. Après deux ans au 4ème régiment d'infanterie à Dijon et au camp d'Avord, il revint sous-lieutenant de réserve.

 

Ses études et sa période militaire achevée, Jean Laronze ne put alors assouvir sa vocation malgré les encouragements de son maître de dessin à Mâcon, le Professeur Chambellan. Celui-ci, dont il était l'élève préféré et avec qui il resta lié toute sa vie, aurait voulu qu'il allât à Paris et suivit les cours de l'Ecole des Beaux-Arts. Cependant Antoine Laronze désirait pour son fils unique une profession plus assurée et plus lucrative que celle d'artiste peintre. Il le prit donc auprès de lui dans l'entreprise familiale. Il fallut une intervention du destin pour sortir Jean Laronze de cette situation après quatre années des travail dans le transport sur eau.

 

IV- DOULEURS FAMILIALES ET SUCCES PICTURAUX

Jean Laronze en 1919 (67 ans)

Le tournant du siècle fut pour Jean Laronze tout à la fois, d'une part, la période la plus pénible de sa vie, pendant laquelle il perdit outre son père, trois de ses enfants et, d'autre part le temps des succès et de la reconnaissance dans son oeuvre de peintre.

 

Touché par le malheur, les Laronze le furent durement pendant ces années. Hélène et Marcelle, leurs deux filles, moururent à deux jours d'intervalle, les 14 et 16 décembre 1894, emportées par une méningite. Né en 1891, leur fils, Jean, résista à l'épidémie mais en sortit très affaibli. Sa vie ne fut alors qu'un long calvaire qui conduisit toute la famille à s'installer quelques temps à Berck-sur-mer, espérant le faire bénéficier ainsi d'un air revigorant. Si ce séjour fut l'occasion pour l'artiste de peindre diverses magnifiques "marines", il ne permit pas de sauver son fils qui fut à son tour terrassé par le mal. Le troisième enfant de la famille disparut à l'âge de vingt-sept ans, le 13 novembre 1918, deux jours après la fin d'une guerre à laquelle il n'avait pu participer.

 

Ces malheurs familiaux répétés marquèrent à jamais Jean Laronze. D'une inspiration parfois très romantique, le peintre eut alors souvent des pensées sombres dont certaines toiles sont le reflet. La vie eut alors un goût de cendres qui se traduisit notamment dans sa série de toiles sur les cimetières. Tout le romantisme de Lamartine, qu'il admirait tant, se cristallisa alors sous son pinceau.

 

En même temps que ces grands malheurs, Jean Laronze connut le succès dans sa peinture. Les salons de la fin du siècle lui valurent la reconnaissance de ses contemporains. Il exposa successivement plusieurs de ses plus belles toiles, qui sont toutes aujourd'hui dans des musées français, de Paris ou de province : en 1889 "Berger, joueur de vielle", en 1893 "Le Soir", en 1896 "Le Cro de Laguerne". Surtout il connut la consécration lors des salons de 1898 et 1899. En 1898, "La Bourbince à Génelard" obtint une médaille de troisième classe. En 1899, "Le Calme" obtint une médaille de deuxième classe qui le plaça "hors concours" au Salon des Artistes français pour la suite de sa carrière. En outre cette toile reçut, l'année suivante, une médaille de bronze à l'exposition universelle de 1900 à Paris. Ces succès conduisirent l'Etat à se porter acquéreur de nouvelles toiles de l'artiste pour enrichir divers musées français : en 1899 "Le Calme", en 1901 "Les Pêcheurs", en 1903 "L'Angélus".

 

Blâmée par quelques-uns, loués par les autres, "L'Angélus" valut à son auteur une belle polémique publique dont la peinture du tournant du siècle était riche. Tous les journaux s'en firent l'écho et notamment Le Figaro, Le Petit Journal, L'Echo de Paris, L'Univers, Le Journal des Arts... Certains reprochèrent au peintre d'avoir traité d'un sujet qui l'avait déjà été un demi-siècle plus tôt par Millet. D'autres vantèrent au contraire le courage de s'attaquer au thème et le talent à le renouveler : Millet avait traité "L'Angélus" dans les larges plaines de sa Normandie natale, Laronze le plaçait, dans un paysage de rivière, au milieu de la Bourbince, sur une frêle barque de pêcheurs. L'Etat donna en quelque sorte gain de cause à l'artiste en surenchérissant pour acquérir l'oeuvre et la placer au Sénat, au musée du Luxembourg, avant de l'exposer au musée de Mâcon. Le Journal "L'Illustré" inventa alors une formule de compromis qui fit grand plaisir au peintre bourguignon : "Après l'Angélus de la terre, l'Angélus de l'eau".

 

Après les paysages de sa Bourgogne natale, Jean Laronze renouvela totalement son inspiration à l'occasion de séjours en bord de mer favorables à la santé de son fils malade. En 1904, sa famille se rendit pour la première fois à Berck-sur-mer, ce qu'elle devait refaire plusieurs fois avant le premier conflit mondial. Dès 1905, l'artiste exposa au salon des artistes français deux toiles bien différentes de ses oeuvres passées : "Bateau de pêche" et "Sur le sable". Jean Laronze prouva alors qu'il était un artiste complet, notamment du fait de la splendeur nouvelle des tons, de la perfection des compositions ou la simplicité naturelle des sujets, pêcheurs de crevettes sur la grève ou menace d'orage sur une mer frémissante. Ses séjours dans le Pas-de-Calais inspirèrent nombre de ses toiles dans les derniers salons de l'avant-guerre, avec notamment en 1906 "Les Mouettes", en 1907 "Bateau échoué - Sables d'Olonne", en 1908 "Barque de pêche - Berck-sur-mer" et en 1909 "Epaves - soleil couchant".

 

A la veille du premier conflit mondial, Jean Laronze est un peintre reconnu et estimé. Certes les impressionnistes occupent le devant de la scène. Mais la peinture d'extérieur de l'artiste neuilléen et bourguignon trouve sa place dans le renouvellement des genres en cours. Il vend ses tableaux facilement et plutôt bien; il reçoit des commandes. Ainsi la commune de Neuilly-sur-Seine, où il réside lorsqu'il n'est pas en Bourgogne, lui demande de réaliser l'un des panneaux décoratifs du nouvel hôtel de ville. Il représente, comme convenu, l'ancienne mairie de Neuilly. Une autre toile relatif au même sujet est obtenue, quelques années plus tard, par le conseil municipal et elle aussi exposé dans la nouvelle mairie.

 

Jean Laronze cumule alors les honneurs publics. En 1905 il est élu Vice-Président de l'Association des artistes français. En 1906 il est nommé chevalier dans l'ordre de la légion d'honneur. La même année, il se voit décerné la médaille d'Or de la fondation Taylor. Membre de la Commission des expositions de l'Association des Artistes français, il jouit alors d'un prestige et d'une autorité qu'il conservera jusqu'à sa mort. Cependant, avec la guerre Jean Laronze abandonne la peinture de 1914 à 1920 pour se consacrer, à soixante-deux ans, au service de l'ambulance. Pendant six ans, il secourt autrui et écrit des articles vibrants de patriotisme dans de nombreux journal. Il ne goûte même pas la joie de la victoire puisque son fils Jean meurt le 13 novembre 1918. Après cette dernière grande douleur, les quinze dernières années de sa vie furent celle de l'équilibre et de l'accomplissement.

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Association des Amis de Jean Laronze